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Panneau "La valorisation des institutions locales" - Salle "Embellir la ville"
La valorisation des institutions locales
Titres concernant le nouvel hôtel de ville, sans date, DD 47
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Certains documents manuscrits, difficiles à lire, font état des questions qui ont animé les assemblées générales de la communauté de ville ou les débats entre les différents protagonistes du rétablissement de la ville. Ce texte révèle des tensions et met au jour une rivalité forte entre les architectes impliqués dans le projet. Le projet de Jacques V Gabriel prévoyait de transférer sur une nouvelle place, dite « Neuve », l’hôtel de ville, qui avait pourtant été épargné par l’incendie puisqu’il se situait à l’entrée de la ville à proximité de la cathédrale.
La nouvelle position imaginée par Jacques V était plus centrale à l’échelle de la cité et paraissait plus convenable à sa fonction. Il imagina donc une composition sophistiquée bordant cette nouvelle place. Elle comprenait trois corps de bâtiments : au centre, la tour de l’horloge flanquée sur un côté de l’hôtel de ville et de l’autre du Présidial[1].
L’architecte Pierre Le Mousseux, désigné pour exécuter les plans de Jacques V Gabriel, avait été chargé par l’intendant de Bretagne de repenser la composition de la Place-Neuve et de proposer des alternatives afin de réduire les coûts de production[2]. Ce document nous apprend qu’il était alors en concurrence avec l’architecte Jean-François Huguet dont la proposition avait été approuvée par la communauté de ville. Cette assemblée réunissait le maire, les échevins, plusieurs marchands et parlementaires. Elle s’insurgea des nouvelles propositions de Le Mousseux. Le projet modifié fut désapprouvé car « cette tour diminuée d’un étage tombe par-là dans le deffaut de décoration », de plus, l’argument économique sur lequel Le Mousseux se fondait pour justifier son travail, était difficilement audible sachant qu’« il n’y a aucun arrest du Conseil [du roi] qui ordonne qu’il sera fait un nouvel hôtel de ville, aucune nécessité de faire cette dépense, l’ancien pouvant encore subsister tel qu’il est ». On pressent ici des dissensions entre les élites locales et municipales, qui seront les premiers financeurs du projet, et l’intendant de Bretagne qui, au service des intérêts du souverain, favorise certainement les formules architecturales et décoratives les plus à même d’exalter le pouvoir royal.
Le transfert de l’hôtel de ville eut bel et bien lieu. Ce choix démontre que la reconstruction de la ville fut un moyen de réaffirmer une autorité publique et que la beauté urbaine trouvait aussi son essence dans la disposition géographique de ses institutions politiques. L’incendie de Rennes fut donc l’opportunité de moderniser et d’embellir une ville qui reflète les préoccupations artistiques et politiques de son temps. Comme à Paris depuis le règne d’Henri IV, on y retrouve en effet les mêmes logiques de mise en scène du pouvoir grâce à la recherche de sophistication et de distinction architecturales dans la ville en jouant sur la différence des matériaux, des styles décoratifs ou en juxtaposant à la fois des espaces vides et denses et des effets d’ordre et de désordre.
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